Françoise Chandernagor Contact
Crédits
Accueil
la chambre
Présentation
Postface
Bonnes feuilles
De l'histoire au roman
Revue de presse
Actualités
L'auteur
Biographie
Bibliographie
Traductions
Adaptations

 

 

 

 


Loi des suspects, 17 septembre 1793. A.N., coll. générale des décrets, AD+1139
Document conservé au Centre Historique des Archives Nationales

Loi des suspects

  « Au commencement, par exemple, on devait pourchasser les suspects — ça allait, on reconnaît toujours un riche, un curé, un vieux "coquin", un "pervers", un "intrigant". Mais après, on leur a demandé, au club, de poursuivre aussi tous ceux "qu'on pourrait suspecter d'être suspects" : il y avait, à ce qu'on leur disait, des "soupçonnables d'être soupçonnés" jusque dans les sociétés populaires, et même au Grand Conseil de l'Hôtel de Ville : il fallait épurer le peuple. C'est là, pour la première fois, que Simon a senti qu'il n'était pas assez fin, et que, si jusqu'à présent il avait toujours réussi à rester du côté du manche, ce n'est plus lui qui poussait le balai... Il a eu peur. Il est prêt à ne plus avoir d'avis à lui, ni de famille ni d'amitiés (son poste d'inspecteur, et la considération qui va de pair, il aimerait quand même les garder), il est prêt à ne jamais s'opposer, prêt à vouloir tout ce qu'on veut qu'il veuille, pourvu que quelqu'un d'habile, de rapide, lui indique, sitôt qu'il y a tempête, d'où vient le vent. Persuadé d'être environné de voleurs, de scélérats, de suspects au carré, il voudrait ne s'attacher qu'à un pur parfaitement pur. Et très fort. Il n'est pas certain de le trouver ; pas certain non plus, s'il le trouve, d'être lui-même assez vertueux pour lui plaire. Il doute de lui ; perplexité qui, si on lui en laissait le temps, pourrait bien finir par lui donner de l'esprit... »

La Chambre, page 142