 |

Loi des suspects, 17 septembre 1793.
A.N., coll. générale des décrets, AD+1139
Document conservé au Centre Historique
des Archives Nationales
|
 |
Loi des suspects
« Au commencement, par exemple, on devait pourchasser
les suspects ça allait, on reconnaît toujours
un riche, un curé, un vieux "coquin", un "pervers",
un "intrigant". Mais après, on leur a demandé,
au club, de poursuivre aussi tous ceux "qu'on pourrait suspecter
d'être suspects" : il y avait, à ce qu'on
leur disait, des "soupçonnables d'être soupçonnés"
jusque dans les sociétés populaires, et même
au Grand Conseil de l'Hôtel de Ville : il fallait épurer
le peuple. C'est là, pour la première fois, que Simon
a senti qu'il n'était pas assez fin, et que, si jusqu'à
présent il avait toujours réussi à rester du
côté du manche, ce n'est plus lui qui poussait le balai...
Il a eu peur. Il est prêt à ne plus avoir d'avis à
lui, ni de famille ni d'amitiés (son poste d'inspecteur,
et la considération qui va de pair, il aimerait quand même
les garder), il est prêt à ne jamais s'opposer, prêt
à vouloir tout ce qu'on veut qu'il veuille, pourvu que quelqu'un
d'habile, de rapide, lui indique, sitôt qu'il y a tempête,
d'où vient le vent. Persuadé d'être environné
de voleurs, de scélérats, de suspects au carré,
il voudrait ne s'attacher qu'à un pur parfaitement pur. Et
très fort. Il n'est pas certain de le trouver ; pas
certain non plus, s'il le trouve, d'être lui-même assez
vertueux pour lui plaire. Il doute de lui ; perplexité
qui, si on lui en laissait le temps, pourrait bien finir par lui
donner de l'esprit... »
La Chambre, page 142
|
|