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Le serment du Jeu de paume


Le serment du Jeu de paume (20 juin 1789) par David
Photo Éditions Gallimard

  « "Sans avoir rien à imaginer, chère madame, vous pouvez connaître de façon sûre la figure de votre Goupilleau : il avait eu sa demi-heure de gloire cinq ans plus tôt, et je l'avais immortalisé dans une de mes œuvres les plus célèbres, Le serment du Jeu de paume. Au moment de cette séance dont le souvenir, impérissable, restera gravé dans le cœur de tout citoyen qui s'honore du beau nom de Français, Goupilleau était gravement malade, il s'est fait porter jusqu'à la salle de réunion dans un fauteuil ; je l'ai donc représenté assis sur ce fauteuil, débarquant de sa province, en costume à gros boutons, son chapeau rond dans les mains, et, comme tous les autres étaient debout pour cause de serment, il s'est retrouvé, avec son fauteuil, au premier rang du tableau et au centre géométrique de la toile. Regardez bien : une fois qu'on l'a repéré, ce bonhomme, on ne voit plus que lui, tout semble tourner autour de sa personne — Goupilleau Jean-François, notaire, soudain projeté au cœur de l'Histoire sans autre raison que l'application des canons de l'esthétique et des règles de composition ! Après ça, allez encore douter de la supériorité de l'art sur l'action ! … Ah, j'oubliais de me présenter : Jacques-Louis David, peintre, quarante-six ans à l'époque des faits." »

La Chambre, pages 176-177