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Facture de blanchisserie
de la veuve Clouet, 11 pluviôse an II, A.N., F4 1312
Document conservé au Centre Historique
des Archives Nationales |
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Facture de blanchisserie, 11 pluviôse
an II
« Une ou deux décades plus tard, il y
avait dans le paquet un gros tas de vêtements du garçon !
Mais ces vêtements-là n'ont pas rassuré la laveuse:
les uns étaient trop sales, les autres trop propres. Il y
avait, par exemple, un col de dentelle gris de crasse, taché
de sauce au vin, et déchiré ; une chemise et
un caleçon jaunis, dans lesquels l'enfant avait pissé ;
et des bas de laine si noirs aux pieds et si boulochés qu'il
fallait que leur propriétaire eût souvent marché
sans souliers... Bref, un linge dégoûtant. Mais le
reste indiquait au contraire une exigence de propreté exagérée,
quasi folle, ruineuse pour une famille ruinée : des
tabliers envoyés à la lessive alors qu'ils étaient
immaculés ; des bonnets qui n'avaient été
coiffés qu'une fois ; des chemises si peu portées
qu'on y retrouvait les traces du pliage, parfois même celles
du fer à repasser... Comme si on avait laissé, quinze
jours de rang, l'orphelin mariner dans sa saleté ou courir
pieds nus dans la poussière, à sa fantaisie, puis,
soudain pris d'une frénésie de changement, on s'était
mis, sans plus de raison, à le déshabiller cinq ou
six fois dans la même journée... On passait d'un extrême
à l'autre dans cette famille-là ! Elle y perdait sa
science sa science des taches, des trames, des dessous,
des dessus, et de l'entre-deux. A moins que... A moins que l'enfant
soit abandonné pour de bon maintenant, livré à
lui-même, "sale si tu veux, propre si ça te plaît".
Brusquement, elle avait été frappée par cette
évidence: il n'est plus mal tenu, il n'est plus tenu du tout. »
La Chambre, page 71
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