Françoise Chandernagor Contact
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Biographie

  Issue d'une famille de maçons creusois alliés aux descendants d'un esclave indien, Françoise Chandernagor, mère de trois enfants, partage sa vie entre Paris et le Massif Central.
  Après un début de carrière au Conseil d'Etat (entrée à vingt et un ans à l'École Nationale d'Administration — ENA —, elle en était sortie « major », première femme à obtenir ce rang), elle a abandonné le droit et la magistrature pour se consacrer à l'écriture.
  Depuis son premier ouvrage, L'Allée du Roi, en 1981, Françoise Chandernagor a écrit une pièce de théâtre et huit romans, dont deux ont fait l'objet d'adaptations télévisuelles. Elle est traduite dans une quinzaine de langues. Depuis 1995, elle est membre de l'Académie Goncourt.

 

L'atypique
  Portrait par Jean-Claude Perrier

Si chaque être humain résulte de la trace de ses ancêtres, on comprend mieux la trajectoire étonnante de Françoise Chandernagor, issue d'une famille de maçons creusois alliés aux descendants d'un esclave indien. « On est tous des métis », disait son arrière-grand-mère. Tandis que l'écrivain Richard Millet, éditeur chez Gallimard, l'encourage, en vain jusqu'à présent, à transformer en roman son incroyable saga familiale. Françoise Chandernagor, si elle se sent « 100 % creusoise », n'a pas oublié ses racines indiennes comme son père, l'ancien ministre socialiste André Chandernagor (« du fait du remariage entre cousins germains, lui est un quarteron, comme Dumas »), elle porte le nom d'un comptoir français de l'Inde, près de Calcutta, où elle ne s'est jamais rendue, même quand le père de son ex-mari, Jean-Daniel Jurgensen, était ambassadeur de France en Inde. Et elle s'est amusée à glisser dans plusieurs de ses romans, L'allée du roi (Julliard, 1981), L'enfant des Lumières (de Fallois, 1995) ou La chambre (Gallimard, 2002), quelque personnage indien.
  Françoise Chandernagor est une forte en thème qui, même si elle avoue avoir « toujours écrit », a commencé par mener sa carrière professionnelle, un sans-faute : diplômée de Sciences-Po et de l'Ena (dont elle sort major de la promotion Jean-Jaurès, en 1969), elle entre au Conseil d'Etat, dont elle finira rapporteuse générale en 1993, lorsqu'elle prend sa retraite anticipée. C'est son père qui avait décidé qu'elle étudierait le droit. Pas une vocation, donc, mais « une bonne formation intellectuelle ». Appartenir à la haute administration lui permet de côtoyer le monde politique. Et l'en dégoûte à jamais ! Militante socialiste jusqu'en 1981, elle confie avoir beaucoup souffert que son père soit un homme politique. « On ne le voyait jamais à la maison ! se souvient-elle. Et je l'aime davantage depuis qu'il a renoncé à la politique, a abandonné tous ses mandats pour se retirer dans la Creuse, s'adonner au bricolage et au jardinage. »
  C'est depuis 1993 que Françoise Chandernagor se consacre uniquement à l'écriture. Avant, elle exerçait son métier, élevait ses trois fils, jonglant avec le temps pour pouvoir écrire ses livres. D'abord L'allée du roi, commencé en 1977 et publié chez Julliard en 1981 par Bernard de Fallois. Intrusion fracassante d'une romancière débutante dans un milieu littéraire où elle ne connaissait personne, L'allée du roi s'est vendu à 600 000 exemplaires en grand format, à plus d'un million chez France Loisirs. Le livre a été adapté à la télévision, au théâtre, il a été traduit dans le monde entier, y compris aux Etats- Unis. Seuls ses fils ne l'ont pas lu ! L'auteure devient une star du roman historique, tout en restant fidèle à elle-même, jalouse de sa totale indépendance : elle ne signe que pour un livre, sans à-valoir et uniquement après avoir achevé son manuscrit. Elle est aussi fidèle. Lorsque Bernard de Fallois crée sa propre maison d'édition, elle le suit et lui donne sa trilogie romanesque Leçons de ténèbres,qui paraît de 1988 à 1990. Puis L'enfant des Lumières (1995) et La première épouse (1998).

  « Impayable » ! Entre-temps, elle a été élue à l'académie Goncourt, en 1995. Non point parce qu'elle habite la même rue que François Nourissier, ce qu'elle n'a découvert qu'après coup. Mais sur un appel d'Hervé Bazin. Hésitante (elle avait déjà refusé d'entrer au Femina), n'ayant jamais rêvé du Goncourt (« j'ai eu assez de récompenses scolaires »), elle finit par accepter : « Mais si j'avais su l'ampleur du travail que ça représente, je n'aurais peut-être bas dû. » Car la benjamine de l'académie est hypersérieuse, elle lit énormément et milite de son mieux pour l'indépendance du prestigieux jury. Ainsi, elle est favorable au vote secret, et condamne certaines dérives médiatiques de ses collègues. Quant aux pressions des éditeurs « Moi, jesuis "impayable" ! comme disait Danton. Et ça se sait. Tous les éditeurs qui m'ont fait la danse du ventre le savent aussi. »

  En 2002, elle a décidé si de quitter Fallois, « non sans un peu de tristesse », pour Gallimard : « pour le prestige de la marque, et parce que c'est une maison de fonds : tous mes romans sortiront dans la Blanche et en Folio ; au fur et à mesure crue j'en récupère les droits ». Bien sûr, chez Gallimard, elle n'est plus la star du village.
  « Bien que, depuis La chambre, j'en sois à mon troisième livre dans la maison, je n'y ai pas encore vraiment trouvé mes marques », confie-t-elle. Mais, de toute façon, elle s'est « toujours sentie marginale, atypique dans tous les milieux », et n'est jamais si heureuse que solitaire dans sa maison de la Creuse, où elle passe la moitié de l'année...
  C'est là qu'elle a écrit sa Voyageuse de nuit. Un roman contemporain, parce que Françoise Chandernagor n'écrit « jamais deux fois le même livre ». Un livre de femme, sur des femmes, une matriarche et ses filles, « pour enquiquiner les hommes ! » dit-elle. Un roman sociétal, douloureux, sur la mort et la façon dont le monde moderne la dissimule. « J'avais envie de parler des grandes peurs d'aujourd'hui, explique-t-elle, en mêlant des choses vues et l'approche de l'historienne. » La romancière, forte et fragile à la fois, traite aussi de ses propres angoisses : « J'espère que je garderai assez d'énergie pour écrire des romans le plus longtemps possible. »

Article paru dans Livre Hebdo n°679, 20 mars 2007

 

 
Françoise Chandernagor, dans les jardins de la NRF. 2002. Photo Jacques Sassier / copyright Gallimard.