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Entretien avec Françoise Chandernagor, par Christine Ferniot (Lire, mars 2007)

  « Christine Ferniot : Avez-vous songé à écrire, plutôt qu'un roman, un témoignage ou un récit autobiographique ?

  Françoise Chandernagor : Non, non, c'est un roman. Mais c'est vrai qu'au départ j'avais envie d'écrire un texte sur ce que j'avais vu et entendu sur la mort, l'hôpital, la souffrance. Mais j'ai un tempérament de romancière, alors j'ai écrit un roman. Simplement, il y a certaines vérités qui doivent être exprimées. Aujourd'hui, on meurt plus seul que jamais. Autrefois, dans les villages, la mort était rapide, on ne faisait rien pour "faire durer". De nos jours, dans les unités de soins palliatifs, on ne pratique peut-être pas d'acharnement thérapeutique mais il y a un environnement médical tel que la vie est prolongée... au-delà du raisonnable. »

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  Couleur du temps, de Françoise Chandernagor. Coll. Blanche, Gallimard, 2004
       
 

« Le voyage de la vie » par Marianne Payot (L'Express, 1er mars 2007)

  « L'écrivain accompagne une femme et ses filles sur le douloureux chemin de la maladie. Un ton juste, universel

  Une fois, juste une fois, [Françoise Chandernagor] s'est essayée au roman court. "Pour voir si j'en étais capable." Défi relevé avec Couleur du temps. Mais, pour son neuvième roman, Françoise Chandernagor revient à son penchant naturel : le long, le lourd, le charnu. On ne se refait pas. Petite-fille de maçon creusois, première femme major de l'ENA, membre assidu du jury Goncourt, l'auteur à succès de quelques pavés historiques — L'Allée du roi, L'Enfant des Lumières — et d'un roman plus intimiste et personnel — La Première Epouse — ne prend rien à la légère. Quel que soit le sujet embrassé — le XVIIIe siècle, l'enfermement, l'adultère — elle bachote, enquête, ausculte. Et c'est tant mieux.
  "J'ai payé ma 'livre de chair' ", reconnaît-elle à propos de La Voyageuse de nuit. Pas question de prêt usurier ici, comme dans Le Marchand de Venise, mais de déambulation dans le "couloir de la mort". Au centre de la scène, une femme, atteinte d'un cancer du foie, qui n'en finit pas d'agoniser. Auprès d'elle, en permanence, ses quatre filles. Des années que "pour l'aider à mourir, nous avons toutes cessé de vivre", note l'une d'elles. Un thème grave, donc, déclenché par l' "ardente obligation" d'écrire : "La vieillesse sympa, les soins palliatifs présentés comme la panacée, ce n'était pas trop ce que je voyais autour de moi." Alors, Françoise Chandernagor interroge les médecins, s'enflamme pour le livre de Pierrette Fleutiaux, Des phrases courtes, ma chérie, sur la fin de vie de sa mère, perd la sienne, cherche le bon format pour poser les questions essentielles : doit-on dire la vérité au malade, pratiquer l'euthanasie, cacher les morts... ? Un jour, le déclic vient : "J'ai retrouvé des voisines d'enfance, cinq filles avec leur mère veuve qui jouait de leurs rivalités."
  Sur ce canevas à la Tchekhov ou à la Garcia Lorca s'ébauche cette subtile chronique familiale où se mêlent choses vues, entendues, vécues. »

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« Quatre filles à la mère » par Ève de Castro (Le Figaro Littéraire, 22 mars 2007)

  Il pleut longtemps sur le plateau creusois. Les hivers sont rudes, le crépuscule tombe tôt. Les arbres et les hommes s'ancrent profond dans la terre lourde, on revient dans ces forêts parce qu'on en vient, on y reste parce qu'on s'y retrouve. Les pierres grises du moulin, la mémoire, le livre en genèse sont des ventres. La Voyageuse de nuit est le roman de ces ventres. Mondes clos étrangement dilatables, refuges douillets et traîtres. La tête sous l'oreiller, il fait nuit, mais il fait chaud. Il fait chaud, mais il fait nuit. Dans ses Leçons de ténèbres, François Couperin a pour l'éternité peint la nuit de l'âme avec des notes. Françoise Chandernagor la peint avec des mots. Tout commence dans la nuit, tout retourne à la nuit. La nuit sous les paupières obstinément closes d'Olga, la mère, dévorée par un cancer du foie. La nuit dans les yeux de ses filles, dans la vie de ses filles, au milieu de la tempête qui les entraîne à leur tour.

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« Françoise Chandernagor. Une mère et quatre filles » par Jérôme Béglé (Paris Match, 22 mars 2007)

  « Ne cherchez pas dans La voyageuse de nuit les traces d'une autobiographie. Certes, la Creuse et l'activité d'écrivain d'une de ses héroïnes pourraient nous mettre la puce à l'oreille. Pourtant Françoise Chandernagor n'a pas trois sœurs mais un frère, et les circonstances du décès de sa mère sont aux antipodes de l'histoire qu'elle nous raconte. Olga, une maîtresse femme atteinte d'un cancer, décide de prendre congé des siens. »

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« "La Voyageuse de nuit", des maux d’amour en famille » par Dominique Quinio (La Croix, 28 mars 2007)

  « Dans son dernier roman, Françoise Chandernagor peint un amour entre mère et filles, entre amour et haine, jusqu'à la mort.
  D’amour ou de haine, la famille est un roman. D’âge en âge, la littérature se nourrit des relations complexes entre parents et enfants, entre frères et sœurs, elle explore minutieusement leurs grandeurs et leurs petitesses, les secrets bien gardés, les blessures jamais guéries, les pardons enfin accordés…
  En prenant le train de La Voyageuse de nuit de Françoise Chandernagor, le lecteur s’embarque dans une histoire familiale foisonnante, lumineuse en apparence, terriblement sombre dans ses entrailles. Comme ces univers de François Mauriac, ou le Vipère au poing d’Hervé Bazin, catholicisme en moins.
  Parce que, dans cette famille-là, on ne croit guère en Dieu. La famille ici, ce sont des femmes, beaucoup de femmes, et un seul homme. L’homme, le grand-père Micha, est un Russe venu sur le front de l’Aisne durant la Première Guerre mondiale et que la peur de la contagion révolutionnaire envoya avec ses camarades dans le Massif central.
  Un Russe qui devint plus creusois que les Creusois, bel homme au regard bleu, courageux, résistant, dont la vie devint bientôt une légende. La femme, c’est sa fille Olga (il l’aurait bien appelée Volga, si l’état civil l’y avait autorisé !), elle-même mère de quatre filles : Katia, la romancière ; Véra, l’expert-comptable à la vie privée compliquée ; Lisa, si triste Lisa, l’avocate des causes perdues et des aborigènes d’Australie ; et Sonia, l’esthéticienne, qui a bien du mal à mener sa barque.

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  « Françoise Chandernagor : la Passion d'une mère » par Philippe-Jean Catinchi (Le Monde des Livres, 30 mars 2007)

  « Dans la singulière "Lettre ouverte à Françoise Chandernagor", Leçons de lumière, que lui adresse Michel Rheault, il n'est question, sous couvert d'analyse littéraire et de stricte érudition, que d'écouter la voix des femmes qui peuplent l'univers de l'académicienne Goncourt. De ces "leçons de ténèbres" — titre générique de la trilogie formée par La Sans Pareille, L'Archange de Vienne et L'Enfant aux loups, il établit un pont entre la veine contemporaine de l'auteur et ses incursions dans l'ère classique (L'Allée du Roi, Couleur du temps, L'Enfant des Lumières, jusqu'au crépusculaire huis clos de La Chambre) —, monte un chant précieux aux inflexions volontiers douloureuses, profondément humaines toujours, comme un écho au Stabat Mater dont l'époque raffola, de Scarlatti à Schubert.
  Nul doute que le lecteur de La Voyageuse de nuit n'en perçoive une nouvelle fois le poignant message, même si, ici, ce sont les filles qui assistent la mère lors de sa "passion". Elles sont quatre — Katia, Véra, Sonia et Lisa — venues veiller Olga pour ses derniers instants. Autour de la vieille dame, si vivante, si belle et soudain métamorphosée en corps inerte, asexué, aveugle — c'est elle qui refuse d'ouvrir les yeux — , les orphelines forment un quatuor à cordes sensibles, aux sombres accents.

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