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Entretien
avec Françoise Chandernagor, par Christine Ferniot (Lire,
mars 2007)
« Christine Ferniot : Avez-vous songé
à écrire, plutôt qu'un roman, un témoignage
ou un récit autobiographique ?
Françoise Chandernagor : Non, non, c'est
un roman. Mais c'est vrai qu'au départ j'avais envie d'écrire
un texte sur ce que j'avais vu et entendu sur la mort, l'hôpital,
la souffrance. Mais j'ai un tempérament de romancière,
alors j'ai écrit un roman. Simplement, il y a certaines vérités
qui doivent être exprimées. Aujourd'hui, on meurt plus
seul que jamais. Autrefois, dans les villages, la mort était
rapide, on ne faisait rien pour "faire durer". De nos
jours, dans les unités de soins palliatifs, on ne pratique
peut-être pas d'acharnement thérapeutique mais il y
a un environnement médical tel que la vie est prolongée...
au-delà du raisonnable. »
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« Le voyage de la vie » par
Marianne Payot (L'Express, 1er mars 2007)
« L'écrivain accompagne une femme
et ses filles sur le douloureux chemin de la maladie. Un ton juste,
universel
Une fois, juste une fois, [Françoise Chandernagor]
s'est essayée au roman court. "Pour voir si j'en étais
capable." Défi relevé avec Couleur du temps.
Mais, pour son neuvième roman, Françoise Chandernagor
revient à son penchant naturel : le long, le lourd,
le charnu. On ne se refait pas. Petite-fille de maçon creusois,
première femme major de l'ENA, membre assidu du jury Goncourt,
l'auteur à succès de quelques pavés historiques
L'Allée du roi, L'Enfant des Lumières
et d'un roman plus intimiste et personnel La Première
Epouse ne prend rien à la légère.
Quel que soit le sujet embrassé le XVIIIe siècle,
l'enfermement, l'adultère elle bachote, enquête,
ausculte. Et c'est tant mieux.
"J'ai payé ma 'livre de chair' ", reconnaît-elle
à propos de La Voyageuse de nuit. Pas question de
prêt usurier ici, comme dans Le Marchand de Venise,
mais de déambulation dans le "couloir de la mort".
Au centre de la scène, une femme, atteinte d'un cancer du
foie, qui n'en finit pas d'agoniser. Auprès d'elle, en permanence,
ses quatre filles. Des années que "pour l'aider à
mourir, nous avons toutes cessé de vivre", note l'une
d'elles. Un thème grave, donc, déclenché par
l' "ardente obligation" d'écrire : "La
vieillesse sympa, les soins palliatifs présentés comme
la panacée, ce n'était pas trop ce que je voyais autour
de moi." Alors, Françoise Chandernagor interroge les
médecins, s'enflamme pour le livre de Pierrette Fleutiaux,
Des phrases courtes, ma chérie, sur la fin de vie
de sa mère, perd la sienne, cherche le bon format pour poser
les questions essentielles : doit-on dire la vérité
au malade, pratiquer l'euthanasie, cacher les morts... ? Un
jour, le déclic vient : "J'ai retrouvé des
voisines d'enfance, cinq filles avec leur mère veuve qui
jouait de leurs rivalités."
Sur ce canevas à la Tchekhov ou à la Garcia
Lorca s'ébauche cette subtile chronique familiale où
se mêlent choses vues, entendues, vécues. »
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« Quatre filles à la mère »
par Ève de Castro (Le Figaro Littéraire, 22
mars 2007)
Il pleut longtemps sur le plateau creusois. Les hivers
sont rudes, le crépuscule tombe tôt. Les arbres et
les hommes s'ancrent profond dans la terre lourde, on revient dans
ces forêts parce qu'on en vient, on y reste parce qu'on s'y
retrouve. Les pierres grises du moulin, la mémoire, le livre
en genèse sont des ventres. La Voyageuse de nuit est
le roman de ces ventres. Mondes clos étrangement dilatables,
refuges douillets et traîtres. La tête sous l'oreiller,
il fait nuit, mais il fait chaud. Il fait chaud, mais il fait nuit.
Dans ses Leçons de ténèbres, François
Couperin a pour l'éternité peint la nuit de l'âme
avec des notes. Françoise Chandernagor la peint avec des
mots. Tout commence dans la nuit, tout retourne à la nuit.
La nuit sous les paupières obstinément closes d'Olga,
la mère, dévorée par un cancer du foie. La
nuit dans les yeux de ses filles, dans la vie de ses filles, au
milieu de la tempête qui les entraîne à leur
tour.
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« Françoise Chandernagor. Une mère
et quatre filles » par Jérôme Béglé
(Paris Match, 22 mars 2007)
« Ne cherchez pas dans La voyageuse de
nuit les traces d'une autobiographie. Certes, la Creuse et l'activité
d'écrivain d'une de ses héroïnes pourraient nous
mettre la puce à l'oreille. Pourtant Françoise Chandernagor
n'a pas trois surs mais un frère, et les circonstances
du décès de sa mère sont aux antipodes de l'histoire
qu'elle nous raconte. Olga, une maîtresse femme atteinte d'un
cancer, décide de prendre congé des siens. »
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« "La Voyageuse de nuit", des maux damour
en famille » par Dominique Quinio (La Croix, 28
mars 2007)
« Dans son dernier roman, Françoise
Chandernagor peint un amour entre mère et filles, entre amour
et haine, jusqu'à la mort.
Damour ou de haine, la famille est un roman. Dâge
en âge, la littérature se nourrit des relations complexes
entre parents et enfants, entre frères et surs, elle
explore minutieusement leurs grandeurs et leurs petitesses, les
secrets bien gardés, les blessures jamais guéries,
les pardons enfin accordés
En prenant le train de La Voyageuse de nuit de
Françoise Chandernagor, le lecteur sembarque dans une
histoire familiale foisonnante, lumineuse en apparence, terriblement
sombre dans ses entrailles. Comme ces univers de François
Mauriac, ou le Vipère au poing dHervé
Bazin, catholicisme en moins.
Parce que, dans cette famille-là, on ne croit
guère en Dieu. La famille ici, ce sont des femmes, beaucoup
de femmes, et un seul homme. Lhomme, le grand-père
Micha, est un Russe venu sur le front de lAisne durant la
Première Guerre mondiale et que la peur de la contagion révolutionnaire
envoya avec ses camarades dans le Massif central.
Un Russe qui devint plus creusois que les Creusois,
bel homme au regard bleu, courageux, résistant, dont la vie
devint bientôt une légende. La femme, cest sa
fille Olga (il laurait bien appelée Volga, si létat
civil ly avait autorisé !), elle-même mère
de quatre filles : Katia, la romancière ; Véra,
lexpert-comptable à la vie privée compliquée ;
Lisa, si triste Lisa, lavocate des causes perdues et des aborigènes
dAustralie ; et Sonia, lesthéticienne, qui
a bien du mal à mener sa barque.
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« Françoise Chandernagor : la Passion
d'une mère » par Philippe-Jean Catinchi (Le Monde
des Livres, 30 mars 2007)
« Dans la singulière "Lettre
ouverte à Françoise Chandernagor", Leçons
de lumière, que lui adresse Michel Rheault, il n'est
question, sous couvert d'analyse littéraire et de stricte
érudition, que d'écouter la voix des femmes qui peuplent
l'univers de l'académicienne Goncourt. De ces "leçons
de ténèbres" titre générique
de la trilogie formée par La Sans Pareille, L'Archange
de Vienne et L'Enfant aux loups, il établit un
pont entre la veine contemporaine de l'auteur et ses incursions
dans l'ère classique (L'Allée du Roi, Couleur
du temps, L'Enfant des Lumières, jusqu'au crépusculaire
huis clos de La Chambre) , monte un chant précieux
aux inflexions volontiers douloureuses, profondément humaines
toujours, comme un écho au Stabat Mater dont l'époque
raffola, de Scarlatti à Schubert.
Nul doute que le lecteur de La Voyageuse de nuit
n'en perçoive une nouvelle fois le poignant message, même
si, ici, ce sont les filles qui assistent la mère lors de
sa "passion". Elles sont quatre Katia, Véra,
Sonia et Lisa venues veiller Olga pour ses derniers instants.
Autour de la vieille dame, si vivante, si belle et soudain métamorphosée
en corps inerte, asexué, aveugle c'est elle qui refuse
d'ouvrir les yeux , les orphelines forment un quatuor à
cordes sensibles, aux sombres accents.
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